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Corriger son manuscrit

Présenter un dialogue 

Simple comme bonjour ou véritable sac de nœuds, la présentation des dialogues est un sujet de typographie à part entière.

Elle adopte la plus grande sobriété dans les romans modernes : de simples tirets pour chaque locuteur, y compris pour celui qui lance le dialogue :

– Bonjour ! Puis-je avoir une petite conversation avec vous ?

– Si le cœur vous en dit…

– Je ne sais pas quel en sera le sujet. Peut-être l’orage qui s’annonce… Qu’en dites-vous ?

Si l’un des protagonistes se met à raconter une histoire, créant ainsi un récit enchâssé (une citation de 2e rang), les difficultés commencent. On peut utiliser des guillemets français (« ») pour encadrer son propre récit :

– Bonjour ! Puis-je avoir une petite conversation avec vous ?

– Ma grand-tante disait toujours : « La parole est d’argent mais le silence est d’or »…

– Dans ce cas, je n’insiste pas.

Si l’on introduit un discours de 3e niveau, on peut soit utiliser des guillemets anglais (“ et ”), soit employer l’italique, bien que ce dernier soit en principe réservé à d’autres usages (mots étrangers, noms d’enseignes, etc.).

Donc, soit :

– Bonjour ! Comment va votre grand-tante ?

– Bien, merci. Elle m’a raconté la chose suivante : « Je suis passée chez Ursuline, tu sais, ma voisine qui habite en face… Elle prenait le thé avec notre nouveau voisin, qui m’a dit : “C’était peut-être à vous, le massif de fleurs que ma jument a mangé avant-hier ? Croyez bien que j’en suis navré, mais elle avait un petit creux.” » Il faut dire que ma tante tient beaucoup à ses fleurs, et…

– Eh bien ! En voilà une histoire à tiroirs !

Soit :

– Bonjour ! Comment va votre grand-tante ?

– Bien, merci. Elle m’a raconté la chose suivante : « Je suis passée chez Ursuline, tu sais, ma voisine qui habite en face… Elle prenait le thé avec notre nouveau voisin, qui m’a dit : C’était peut-être à vous, le massif de fleurs que ma jument a mangé avant-hier ? Croyez bien que j’en suis navré, mais elle avait un petit creux. » Il faut dire que ma tante tient beaucoup à ses fleurs, et…

– Eh bien ! En voilà une histoire à tiroirs !

Quelle que soit l’option retenue, il faut veiller à refermer chaque guillemet ouvrant correspondant.

La méthode est presque la même si l’on emploie dès le début des guillemets français pour la citation de 1er rang. Mais c’est au 2e rang que l’on attribuera les guillemets anglais. Quant au tiret précédant la première intervention, il disparaît :

« Bonjour ! Comment va votre grand-tante ?

– Bien, merci. Elle m’a raconté la chose suivante : “Je suis passée chez Ursuline, tu sais, ma voisine qui habite en face… Elle prenait le thé avec notre nouveau voisin, qui m’a dit : C’était peut-être à vous, le massif de fleurs que ma jument a mangé avant-hier ? Croyez bien que j’en suis navré, mais elle avait un petit creux.” Il faut dire que ma tante tient beaucoup à ses fleurs, et…

– Eh bien ! En voilà une histoire à tiroirs ! »

Et l’on voit ici que seul le choix de l’italique est alors possible pour le 3e rang, à moins d’opter pour des guillemets anglais simples (‘ et ’), assez peu lisibles et d’un usage relativement rare en français.

« Bonjour ! Comment va votre grand-tante ?

– Bien, merci. Elle m’a raconté la chose suivante : “Je suis passée chez Ursuline, tu sais, ma voisine qui habite en face… Elle prenait le thé avec notre nouveau voisin, qui m’a dit : ‘C’était peut-être à vous, le massif de fleurs que ma jument a mangé avant-hier ? Croyez bien que j’en suis navré, mais elle avait un petit creux.’ ” Il faut dire que ma tante tient beaucoup à ses fleurs, et…

– Eh bien ! En voilà une histoire à tiroirs ! »

Peu commode… d’autant plus qu’ici, le discours du voisin de la tante s’achève en même temps que celui de la tante, ce qui contraint à espacer le guillemet anglais simple et le guillemet anglais double, afin de ne pas troubler le lecteur par un ’’’ peu intelligible !

Une ancienne méthode, préconisée par plusieurs manuels typographiques, consiste à faire précéder chaque ligne appartenant à un récit enchâssé, d’un guillemet français ouvrant (ou fermant, selon les manuels), afin que le lecteur sache bien à qui attribuer les propos rapportés.

Mais cette méthode présente deux inconvénients. Le premier tient aux procédés informatiques de mise en pages : le texte « bouge » en passant du logiciel de traitement de texte à la mise en pages sous logiciel spécifique ; il est ensuite fastidieux de repérer tous les dialogues requérant de placer devant chaque alinéa ces fameux guillemets ouvrants ou fermants, dits « de continuité », dont voici un aperçu :

– Bonjour ! Comment va votre grand-tante ?

– Bien, merci. Elle m’a raconté la chose suivante : « Je suis passée chez Ursuline,
« tu sais, ma voisine qui habite en face... Elle prenait le thé avec notre nouveau
« voisin, qui m’a dit : “C’était peut-être à vous, le massif de fleurs que ma jument a
« “mangé avant-hier ? Croyez bien que j’en suis navré, mais elle avait un petit creux.” »
Il faut dire que ma tante tient beaucoup à ses fleurs, et… 

– Eh bien ! En voilà, une histoire à tiroirs ! 

Sans doute vaut-il mieux choisir la sobriété et éviter ces guillemets de continuité – qui s’associent même, ici, à un guillemet anglais de continuité, puisque le discours du voisin (3e rang) occupe plus d’une ligne… On obtient une certaine rigueur logique mais une mauvaise lisibilité. De plus, lorsque l’on écrit pour un site web, cette méthode est à proscrire, car le texte peut se placer de façon différente selon les navigateurs, et les guillemets de continuité se retrouver n’importe où…
En revanche, il est souhaitable, lorsque la citation en second est longue et occupe plusieurs paragraphes, de placer un guillemet ouvrant devant chaque alinéa, de façon que le lecteur comprenne rapidement qu’il se trouve toujours à l'intérieur de la citation.

En conclusion : que faire pour conserver un minimum de clarté dans la présentation tout en respectant une logique applicable au récit entier ? Employer les trois types de guillemets (français, anglais doubles, anglais simples) et l’italique, puis relire attentivement le texte pour s’assurer que l’ensemble reste compréhensible.

Introduire des incises (« dit-il », « reprit la voisine », etc.) est aussi un très bon moyen de clarifier les dialogues. Il convient alors d’appliquer la règle suivante : lorsque l’incise est courte, il est inutile de refermer les guillemets, sauf en fin de phrase :

« Eh bien ! dit-il. En voilà, une histoire à tiroirs ! »

Mais :

« Eh bien ! En voilà, une histoire à tiroirs ! » dit-il.

Lorsque l’incise est longue et appartient plutôt à la partie narrative – notamment lorsqu’elle inclut une ponctuation autre que la virgule –, il convient de fermer les guillemets pour les rouvrir lorsque le locuteur reprend la parole :

« Eh bien ! » dit-il en rajustant sa cravate ; cet accessoire était à ses yeux indispensable, même pour un simple déjeuner. « En voilà, une histoire à tiroirs ! »

Récits enchâssés, mises en abyme… les niveaux de discours prennent parfois des allures vertigineuses. Quelle que soit la méthode de présentation choisie, l’important est que le lecteur s’y retrouve.

 

Dialogue 

[15-1-2019]  

Célèbres participes (1) 

Dans le vaste paysage des difficultés d’accord du participe passé, la réforme de l’orthographe propose pour l’instant une seule simplification : sur l’accord du participe du verbe laisser devant un infinitif. Il restera invariable dans tous les cas.
Auparavant, on l’accordait lorsque le complément d’objet direct était le sujet de l’action, comme dans : Ces enfants, il les a laissés partir. (Ce sont les enfants qui partent.)
Et on ne faisait pas l’accord si le COD n’était pas sujet de l’action, par exemple dans : Ces enfants, il les a laissé punir. (C’est une tierce personne qui les punit.)
Nous parlons bien sûr de cas où le COD est placé avant le verbe ; lorsqu’il est placé après, il y a de toute façon invariabilité, que ce soit avant ou après la réforme : Il a laissé partir les enfants, il a laissé punir les enfants.

Les verbes autres que laisser, pour le moment, continuent de suivre l’ancienne règle :
Cette sonate, je l’ai déjà entendu jouer. (Ce n’est pas la sonate qui joue, mais un musicien qui la joue.)
Cette pianiste, je l’ai déjà entendue jouer. (Accord, car c’est bien la pianiste qui joue.)

Faire a un statut à part : devant un infinitif, son participe passé reste toujours invariable, et il en allait déjà ainsi avant la réforme : Cette robe, je l’ai fait faire par un couturier. La soupe, je l’ai fait réchauffer trois fois. Nos invités, je les ai fait entrer dans le salon.

Il en va de même pour le participe passé de devoir, pouvoir, vouloir, devant un infinitif : Ces factures que j’ai dû payer, ces films que nous avons pu regarder à la cinémathèque, ces meubles que j’ai voulu donner, etc.

Au fait, d’où vient cette notion de COD placé avant le verbe, et qui en régirait l’accord ? C’est Clément Marot, au XVIe siècle, qui tenta d’instituer cette nouvelle règle, exprimée dans son célèbre poème : « Il faut dire en termes parfaits / Dieu en ce monde nous a faits / Faut dire en paroles parfaites / Dieu en ce monde les a faites […] », ouvrant ainsi aux temps composés un avenir jalonné de perplexité et de marques au stylo rouge. Grâce à lui, nous aurons souvent l’occasion de revenir sur ce sujet épineux. 

[6-1-2017] 

Quelques notes de lecture sur le nouveau blog : 

Bleu, gris, vert

 

Blog Bleu gris vert

Quand Proust dit zut

C’est dans la première partie de la Recherche, « Combray », que le narrateur livre ses premières émotions littéraires, dans les deux sens possibles de l’expression : émotions de lecture (il découvre les livres de Bergotte), et émotions engendrées par la nature (au sens large de monde environnant) bientôt créatrices de littérature, mais dont le jeune apprenti écrivain diffère pour un temps l’élucidation (le toit en tuiles qui se reflète dans la mare, le spectacle des aubépines en fleurs…).

Alors qu’il s’était évertué, en vain, à trouver un sujet « élevé », digne d’être traité dans un livre qui pourrait ressembler à un essai philosophique, il prend conscience de la voie qui sera la sienne dans le processus de création : la quête d’une réalité plus dense, dissimulée puis révélée par certaines sensations privilégiées.

C’est la recherche de l’expression juste qui conduira le narrateur-écrivain à saisir cette vérité du réel, en matérialisant dans le langage la fugacité et la précision de l’impression ressentie.

Quand j’essaye de faire le compte de ce que je dois au côté de Méséglise, des humbles découvertes dont il fut le cadre fortuit ou le nécessaire inspirateur, je me rappelle que c’est, cet automne-là, dans une de ces promenades, près du talus broussailleux qui protège Montjouvain, que je fus frappé pour la première fois de ce désaccord entre nos impressions et leur expression habituelle. Après une heure de pluie et de vent contre lesquels j’avais lutté avec allégresse, comme j’arrivais au bord de la mare de Montjouvain, devant une petite cahute recouverte en tuiles où le jardinier de M. Vinteuil serrait ses instruments de jardinage, le soleil venait de reparaître, et ses dorures lavées par l’averse reluisaient à neuf dans le ciel, sur les arbres, sur le mur de la cahute, sur son toit de tuile encore mouillé, à la crête duquel se promenait une poule. Le vent qui soufflait tirait horizontalement les herbes folles qui avaient poussé dans la paroi du mur, et les plumes de duvet de la poule, qui, les unes et les autres se laissaient filer au gré de son souffle jusqu’à l’extrémité de leur longueur, avec l’abandon de choses inertes et légères. Le toit de tuile faisait dans la mare, que le soleil rendait de nouveau réfléchissante, une marbrure rose, à laquelle je n’avais encore jamais fait attention. Et voyant sur l’eau et à la face du mur un pâle sourire répondre au sourire du ciel, je m’écriai dans mon enthousiasme en brandissant mon parapluie refermé : « Zut, zut, zut, zut. » Mais en même temps je sentis que mon devoir eût été de ne pas m’en tenir à ces mots opaques et de tâcher de voir plus clair dans mon ravissement.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, « Combray » (Folio Classique p. 237-238).

[6-10-2016] 

Quelques mots mis au pas

Quels que soient ses défauts par ailleurs – l’ognon bien insolite, ainsi que la chauvesouris déjà évoquée précédemment –, la réforme de l’orthographe aura permis de rétablir une certaine logique en harmonisant des groupes de mots qui comportaient auparavant un ou plusieurs « intrus ».

On avait par exemple chariot au milieu de charrette, charrue, carriole. Combativité et combatif mais combattant, combattre. Bonhomie mais homme, bonhomme. Imbécillité mais imbécile, imbécilement. Innomé, mais nommer, nommé. Prud’homie mais prud’hommes, prudhommesque

Désormais, charriot, combattivité et combattif, bonhommie, imbécilité, innommé et prudhommie rejoignent les leurs.

L’anomalie chariot était dénoncée depuis quelques siècles par les grammairiens. Celle de bonhomie provenait des aventures compliquées du mot home (ancien français), descendant du latin homo, hominem, et ne souffre guère d’inconvénient à avoir été résorbée en bonhommie. Tout comme imbécilité et prudhommie.

Le cas de combativité / combatif semblait moins urgent à traiter – on pouvait admettre, me semble-t-il, les formes verbales battre, combattre, combattant (nom mais aussi participe présent), et de l’autre côté le groupe nom et adjectif, combativité et combatif – mais sans doute se devait-on de ne pas laisser ces termes à la traîne…

Pourtant, « ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain », écrivait Alphonse Allais, à qui l’on doit aussi le fameux : « Il faut demander plus à l’impôt et moins aux contribuables », qui nous revient à l’esprit quand les « feuilles d’automne » commencent à tomber. La compagnie de l’illustre amuseur normand se révèle toujours utile lorsque les jours raccourcissent : « Plus les galets ont roulé, plus ils sont polis. Pour les cochers, c’est le contraire ! »

[15-9-2016]

I et U perdent leur chapeau 

L’accent circonflexe disparaît… enfin, disparait, sur les lettres i et u. Il faudra donc écrire : « Il parait qu’il joue de la flute à merveille. » Mais le petit chapeau est conservé au passé simple (2e et 3e personnes du pluriel) : « Nous eûmes l’occasion de l’entendre, en effet ! ». Et au subjonctif imparfait (3e personne du singulier), ce qui permet dans ce dernier cas de le distinguer du passé simple à la même personne : « Pour que mon propre fils sût jouer ainsi, il eût fallu qu’il prît des cours. » Pour finir, il en prit donc ! 

On a beaucoup entendu parler d’un jeune qui ne se distinguerait plus d’un jeûne. Mais il n’en est rien, le plus pénitent garde son accent.

Tout comme dû, mû et sûr, pour qu’on ne les confonde pas avec leurs homonymes, du, l’article défini ou partitif, mu, la lettre grecque, sur, la préposition.

Quant aux formes de croître – verbe assez difficile à conjuguer pour qu’on ne veuille pas y renoncer après l’avoir appris – elles conserveront leur chapeau pour ne pas être confondues avec celles du verbe croire.
Et comme toujours dans cette réforme de l'orthographe, les anciennes graphies sont considérées comme correctes. 

Le jour s’étend, la vie croît sous les ramures. Je crois que c’est le printemps !

[1-4-2016]

Féminisation 

8 mars 2016, journée de la femme. Écartons-nous de la réforme de l’orthographe proprement dite pour examiner cette question : où en sommes-nous de la féminisation des noms de métiers ? Quand une fillette nous dit : « Je veux devenir écrivaine », faut-il la reprendre, quitte à heurter sa logique et aller contre une évolution de la langue, ou lui répondre : « Quelle bonne idée ! Tu deviendras peut-être une grande auteure. »

L’Académie française, de tendance plutôt conservatrice, accepte à présent les noms de métiers féminisés « entrés naturellement dans l’usage, sans qu’ils aient été prescrits par décret : l’Académie les a enregistrés pourvu qu’ils soient de formation correcte et que leur usage se soit imposé » (par exemple : artisane, pharmacienne, bûcheronne, exploratrice, éditrice…). Les usagers font bien de prendre les devants et verront donc certains de leurs choix validés par les Immortels. Mais « écrivaine » et « auteure » ne font pas partie des heureux élus.

D’une part, parce qu’ils ne sont « pas bien formés » selon les critères de l’Académie, qui ne retient comme déclinables au féminin que les formes déjà existantes ; or en principe le français ne fait pas : –vain, –vaine (sauf l’adjectif homonyme), ni –teur, –teure. Sénateur donne sénatric; inspecteur, inspectrice, et non *sénateure, *inspecteure. D’autre part, parce que les formes écrivaine et auteure ne se seraient pas assez imposées dans l’usage… Donc, usons de ces termes, car c’est nous qui faisons l’usage !

Les noms en –eur forment plutôt leur féminin en –euse : danseur, danseuse, coiffeur, coiffeuse… mais on n’a pas encore osé dire professeuse, ingénieuse (de sens différent), bien que l’on trouve des chercheuses (ou chercheures). Les Québecois n’hésitent pas à féminiser ainsi : professeure, ingénieure, auteure, etc. En revanche les Suisses disent et écrivent autrice.

Les formes auteure, écrivaine, professeure, ingénieure… sont proposées dans l’intéressant ouvrage paru sous la direction de Bernard Cerquiglini, à l’instigation du gouvernement de Lionel Jospin, en 1999 : Femme, j’écris ton nom. Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions. Cette publication a déclenché l’ire de l’Académie : « Un catalogue de métiers, titres et fonctions systématiquement et arbitrairement “féminisés” a été publié par la Documentation française, avec une préface du Premier ministre. La presse, la télévision ont suivi avec empressement ce qui pouvait passer pour une directive régalienne et légale. (…) Or aucun texte ne donne au gouvernement le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français. » (Texte complet ici : http://www.academie-francaise.fr/actualites/la-feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-ou-titres-mise-au-point-de-lacademie).

L’Académie insiste sur son souhait de soumettre tout changement « à l’épreuve du temps » – il faut dire qu’elle est spécialiste en la matière : la conception du dictionnaire requérant un demi-siècle, il est heureux que ses rédacteurs soient immortels !

Il me paraît pourtant intéressant de faire usage dès maintenant de ces formes, qui n’ont rien de choquant et permettent aux femmes de confirmer à travers la langue leur accession à des métiers et des fonctions autrefois réservés aux hommes. Je continue de corriger les textes en indiquant aux auteurs, entre parenthèses, la forme attestée par les dictionnaires, afin que leur choix se fasse en toute connaissance de cause. Mais ne l’oublions pas, l’avenir de l’homme, c’est la femme !

Une réforme toute simple, ou presque

La réforme de l’orthographe, c’est une nouvelle pas très fraîche puisque datant tout de même de 1990. Mais depuis 26 ans, les rectifications de l’orthographe (qui n’ont pas un caractère obligatoire) alimentent très régulièrement un débat chez les spécialistes ou les simples usagers de la langue. Débat légitime : chaque francophone parle et écrit tous les jours dans cette langue et se trouve donc bien placé pour donner son avis, en la matière.

Faisons un tour d’horizon de ces fameuses rectifications, et voyons ce qu’elles peuvent apporter en termes de simplification – puisque tel était l’objectif initial de l’Académie française et du Conseil supérieur de la langue française – et de clarté d’expression.

Commençons par les mots composés, leur trait d’union et leur pluriel.

Certains mots (certains seulement… première exception) seront désormais soudés. Leur pluriel se matérialisera par un s à la fin du mot, sauf s’il y en a déjà un (chauvesouris). Exemples : portemonnaie(s), millepatte(s), rondpoint(s), bassecour(s), cachecache(s), gouzigouzi(s)…  Pourquoi pas ? Même si, franchement, chauvesouris a vraiment une drôle d’allure et fait marquer un temps d’hésitation sur la prononciation du s… C’est peut-être plus facile à écrire, mais aussi plus difficile à lire !

Et si l’on adopte ce principe de soudure, pourquoi préconiser garde-côte plutôt que *gardecôte, après-midi plutôt qu’*aprèsmidi, cache-col plutôt que *cachecol, qui n’auraient pourtant rien de plus insolite ?

D’autres mots (dont garde-côte, après-midi et cache-col, donc…) conserveront leur trait d’union. Le pluriel se matérialisera par un s au deuxième membre du mot composé (un essuie-main, des essuie-mains), sauf pour ceux qui comportent un article (trompe-l’œil) ou une majuscule (prie-Dieu).

Cette mesure ne va guère dans le sens de la simplification, puisqu’il faudra retenir les mots qui se soudent et ceux qui conservent le trait d’union.

En revanche, deux bonnes nouvelles : 

– tous les composés avec contre et entre seront soudés. Ce point constitue bien une simplification et on ne pourra qu’apprécier de ne plus chercher sans cesse dans le dictionnaire la bonne graphie d’entrapercevoir, contrattaquer, contrecarrer, contrepente, entretemps… ; 

– tous les mots qui ont pour préfixe infra-, intra-, extra-, ultra-, seront soudés, sauf s’ils engendrent une mauvaise prononciation. Intra-utérin continuera donc de s’écrire ainsi… Rien n’est parfait ; les langues comme le monde contiennent nombre d’irrégularités et d’anomalies : il faut de tout pour faire une langue. 

À l’orée de ce petit passage en revue des rectifications de 1990, on aperçoit déjà le défaut principal de cette réforme de l’orthographe : le manque de cohérence et la création de nouvelles exceptions, malgré un louable effort de simplification de la langue.

N.B. L’astérisque (*) précédant un mot indique une forme fautive. 

Anniversaire

2016… Bleu Roman souffle cette année ses 10 bougies. L’occasion de se pencher sur l’étymologie de ce mot sympathique : anniversaire. Du latin anniversarius : annus, anni, « année(s) », et versus, de vertere, « tourner » : qui revient chaque année. Le temps « passe », les années « tournent », « le temps s’en va, ma Dame ». Seule la fête revient chaque année, le brave anniversaire qui permet de sortir le champ’ et les petits fours.

« Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps », disait Alphonse Allais, grand spécialiste, également, de généalogie (« Il était normand par sa mère et breton par un ami de son père »). Mais il disait aussi : « Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l’avenir » !

Le Goût des autres... et un certain goût pour la littérature

Le vendredi 22 janvier 2016, lecture épistolaire ponctuée de beaux traits de violoncelle. Le titre du spectacle, Correspondances, au pluriel, évoque bien les chemins de traverse qui existent entre les vies et les personnalités de Flaubert et Sand. C’est pourtant le feu et l’eau, ou le jour et la nuit. Flaubert toujours ironique, cynique, désabusé, pourfendant le bourgeois sans relâche (et pouvant y passer beaucoup de temps, étant rentier lui-même…). En somme un râleur invétéré, minant tout bonheur, de peur – peut-être – qu’il ne se révèle possible quoique éphémère. Sand toujours le poussant vers les autres, l’action, la recherche d’une forme de bonheur, malgré une existence, en ce qui la concerne, qui tient beaucoup plus du tourbillon historique, politique et amoureux que du fleuve paisible.

Correspondances : George Sand et Gustave Flaubert. Lecture musicale par la Compagnie Akté. Avec Anne-Sophie Pauchet, Vincent Fouquet et Caroline Tref (violoncelle). Festival "Le Goût des autres", Le Havre, du 21 au 24 janvier 2016.

Lire la suite de l'article sur Horizons normands :

https://horizonsnormands.wordpress.com/2016/02/02/festival-le-gout-des-autres/#more-1461 

À découvrir

Parution de l’excellent ouvrage collectif Le Siècle de Louis XIV, sous la direction de Jean-Christian Petitfils, aux éditions Perrrin / Le Figaro Histoire. On découvre non seulement des aspects fort intéressants de la personnalité et de la vie de Louis XIV, mais aussi le contexte social et politique européen, les mutations de la société française, la pratique de la lecture et de l’écriture au XVIIe siècle… Éclairant et passionnant !

Une fausse bonne idée :
faire une première mise en pages de son texte sous Word…
et multiplier par deux le travail du correcteur !

Plus d’options dans les traitements de texte : sympathique, mais…

Les logiciels de traitement de texte offrent de nombreuses possibilités de présentation d’un document. Ces outils sont parfois utiles lorsque l’on souhaite éditer un document « maison » (courrier administratif, etc.), mais ils se révèlent nuisibles dans les phases qui précèdent l’édition d’un livre, d’une plaquette ou de tout autre document destiné à être imprimé. Car ils gênent et ralentissent le travail du correcteur, qui doit appliquer au texte des règles typographiques ignorées par les fonctions de mise en pages de ces logiciels, et qui doit aussi préparer le texte de telle sorte que le travail de l’éditeur et de son maquettiste en soit facilité. De plus, ces « styles » de mises en pages sont rarement compatibles avec les logiciels de PAO des éditeurs ; ils engendrent des erreurs… et du travail supplémentaire qui aurait pu être consacré au livre lui-même.

Laissons la mise en pages aux hommes et femmes de l’art

C’est le maquettiste de l’éditeur qui sera chargé de la mise en pages – et c’est bien normal, puisque c’est son métier ! C’est lui (ou elle) qui connaît les règles graphiques à appliquer et les caractéristiques techniques qui permettront à la maquette d’être ensuite transmise à l’imprimeur dans les meilleures conditions.
Donc, amis auteurs : résistez à la tentation des feuilles de style et des options de mise en pages de Word et autres traitements de texte, n’introduisez plus de tabulations qui devront être supprimées, de listes à numérotation automatique qui devront être reformatées et renumérotées…

Alors, comment rédiger son texte ?... Le plus simplement possible !

La meilleure solution, c’est de n’utiliser que les fonctions de base du traitement de texte. Présentez votre tapuscrit de la façon la plus sobre possible : une seule police ; emploi de guillemets ou d’italiques, caractères plus grands pour les titres… L’utilisation de différents corps de caractères permet de faire ressortir la structure d’un texte de façon tout à fait satisfaisante. Simplicité et clarté sont la meilleure garantie d’une bonne interprétation de vos souhaits par les intervenants de la chaîne graphique.